23 décembre 2005
La traversée du miroir
Devant... deux kilomètres et des poussières de bitume rectiligne.
Un peu à droite et en haut, un faucon crécerelle en vol stationnaire. Que regarde-t-il ? La musaraigne là en dessous ? Moi ?
Un peu à gauche, le vent. La manche à air pendouille et remue à peine.
Le temps est ralenti, je vois tout, j'écoute fort.
Un peu au dessus. La verrière. Main sur la poignée. Verrouillée.
Un peu en dessous. Les volets. Un cran. Coup d'oeil à gauche, sur l'aile, au cas où.
Devant, un trente trois gigantesque, et en dessous, un R majestueux.
En haut, le compas. 328°.
Devant, tout près, le gyro : 328°.
En dessous, la réchauffe. Poussée.
Je respire.
Bouton sur le manche : "Fox Victor India, décollons 33 droite"
Bouton sous le chrono, Top !
Mes pieds descendent, talons au plancher.
Coup d'oeil : alarmes, paramètres moteurs, régime : 1200 tours.
Main droite, les gaz, à fond.
Les pieds. Contrer le couple moteur.
Les yeux, la ligne, le régime, la ligne, le régime : 2200 tours. "Puissance disponible !"
La ligne, les pieds, le manche un peu devant, la ligne, l'anémomètre. "Badin actif !"
La ligne, l'anémomètre, la ligne, l'anémomètre. "Accélération normale !"
Les alarmes. "Pas d'alarme !"
La ligne, le badin : 100. "Rotation !".
Le manche : arrière. Le pied : à droite.
L'anémomètre. Le manche. Les pieds, les mains. La bille. La vitesse. Le moteur.
Les pieds. Freinage des roues. L'altimètre : 200 pieds sol. Les volets : rentrés. Coup d'oeil sur l'aile.
Le badin. La bille. L'altimètre. 300 pieds. La pompe : OFF. Les yeux sur la pression d'essence.
Le badin, l'altimètre, le vario, la température culasse, le badin, l'altimètre. 500 pieds, sécurité, mise en virage gauche.
Les mains, les pieds, la bille, le badin, l'horizon artificiel, l'horizon le vrai, le badin, la bille, le gyro.
Sortie de virage.
Sortie de circuit.
Je respire. Le phare : OFF. "Fox Victor India, sortie de circuit par l'ouest, rappellerons au retour, au revoir."
Je respire.
Je respire.
Je souris.
22 décembre 2005
Retrospective
Il y a eu un avant et un après. Avant et
après mon inscription à l'aéroclub, bien sûr. Avant j'étais passionné
d'avions mais je me tenais le plus loin possible de ces machines de
peur de regretter d'être à jamais cloué au plancher des vaches. Puis il
y a eu cette visite à l'aéroclub, l'inscription, le premier vol... et la suite.
La suite est bien classique. Je n’ai pas encore après 15
heures de vol une expérience suffisamment touffue pour vous tenir en haleine
bien longtemps. Après quelques vols, j’ai fini par faire rouler ce diable de
DR400 à peu près droit, sauf au moment du décollage, ce qui évidemment causait
quelques palpitations à mon instructeur. J’ai pendant un moment aussi pris la
désagréable habitude d’annoncer mon roulage sur 121.5 car dans la check-list il
n’était marqué nulle part qu’il fallait changer de fréquence après le contrôle
de la balise de détresse. Tout ça va beaucoup mieux aujourd’hui, et mon FI dort
sur ses deux oreilles pendant que j’enchaîne les tours de piste.
Enfin presque.
Parce que j’ai aussi un instructeur hors du commun. Nous nous sommes rendu compte par hasard un jour que nous étions deux exilés du Nord. Depuis ce temps, l’essentiel de l’instruction se fait en Ch’ti. Morceaux choisis :
- R’met donc du carbon Tiobiloute, té vo
bien queutte vitesse al quée ! Et pis j’te l’a dja dit mille fô ! Pou garder
eune vitesse constante, quin te pousse eul minche, té tire ches gaz, quand te
tire eul minche, té pousse les gaz ! Ché pourtant nin compliqué ! Eul pinte sol
elle dot rester toudis parelle !
- Oh mi teu sais, eul pinte
j’eul bô !
(pour les non Chtitophone l’objet de ce dialogue est de conserver une pente sol constante en finale).
On commence à se sentir différent à l'extérieur de l'aéroclub quand on reçoit par la poste sa carte FFA, avec marqué dessus en grand : PILOTE et en bas son nom. Son nom à soi. Alors là, vas-y que je te roule des mécaniques. Parce que quand comme moi on a passé sa vie (quelques années en l’occurrence) à rêver en regardant les avions et en se disant que les pilotes ont vraiment du bol, le jour où on reçoit ça, et bien ça fait un petit coup au coeur (même si on a toujours qu’une ligne sur le carnet de vol, pour cause de mauvais temps).
On continue à se sentir différent quand on va s’isoler entre midi et deux à la bibliothèque pour potasser ses bouquins tranquille. Retour aux années d’étudiant, au détail près que le neurone « j’apprends par coeur » s’use si on ne s’en sert pas. Et ça faisait longtemps que je ne l’avais pas mis en marche celui-là (et même en brassant bien, ça ne démarre pas). Alors non, vraiment, un espace aérien de classe E, pas moyen de retenir ce que c’est ni ce qu’on peut y faire.
Mes relations avec mon entourage ont également un peu changé. Certains – qui me prenaient déjà pour un original – me trouvent maintenant totalement givré. L’un d’entre eux, sympathique au demeurant, ne peut absolument pas intégrer qu’à quarante balais je réalise un rêve de gosse. Et quand un jour j’ai eu le malheur de lui dire que le DR400 était en bois et toile, il a tout d’abord refusé de me croire puis, devant mon air sérieux, s’est exclamé : « Mais c’est quoi ce que tu pilotes ? Un cerf-volant ? »
Elles ont changé aussi avec ma soeur. Alors que ma nièce et filleule de dix ans me regardait au bord de l’extase quand elle a su que je pilotais un avion, ma tendre soeur s’est exclamée : « Jamais, moi vivante, mes filles ne monteront dans un avion avec toi aux commandes ! ». Probablement que des souvenirs de mes expériences enfantines de physique appliquée lui étaient revenus en mémoire.
Mais là où ça change vraiment, c’est quand le
regard de votre interlocuteur s’illumine d’un sourire rayonnant quand vous lui
dîtes : « tu veux venir avec moi samedi prochain ? ». Je retrouve alors dans son
sourire celui que je devais avoir gamin quand Tanguy et Laverdure pirouettaient
sur la télé noir et blanc. Ou celui que j’ai eu pour mon premier décollage au
poste (en 777 s’il vous plaît à New York avant le 11 septembre).
Alors oui, l'aviation ça change la vie...
07 novembre 2005
Moteur... Ca tourne !
Oh oui, ça tourne. Samedi matin, au lieu du brouillard prévu, de beaux morceaux de ciel bleu malgré des bases de nuages à moins de 1000 pieds sol. Pas du temps à monter très haut, mais du bon temps pour des circuits basse hauteur.
Alors on a tourné, décollé, atterri, recommencé, à droite, à gauche,
rectangulaires ou en hippodromes.
Neuf fois sur le
métier remettez votre ouvrage, neuf approches, neuf décollages, neuf touchés, avec
un petit vent traversier, tout gentil, exprès pour fignoler les tenues d’axe, puis
retour parking.
La fois
prochaine, ce sera le dernier vol local. Après, on commence les navs, les
promenades pour aller jouer sur les terrains voisins, dire des bêtises aux
AFIS.
Et cerise sur le
gâteau... mon vénéré instructeur m’a dit qu’il était temps que je m’inscrive à
l’épreuve théorique.
19 octobre 2005
Décrochage
Samedi je me suis levé tôt. J'aime me
lever tôt le samedi, contrairement à la semaine. A 7h30 je suis dans ma
petite auto, cap au Nord, cap vers le terrain. C'est assez loin. J'ai
choisi un aéroclub en pleine campagne, proche de mon deuxième chez moi,
mais loin de la ville où je travaille. Et ce samedi matin là, je vais
donc rouler une heure trente avant d'arriver en vue des hangars.
Le
ciel est clair ce matin. Des écharpes de brume traînent ça et là dans
les plis du terrain. La météo a annoncé 17°C et un petit vent de
Sud-Sud-Est d'une dizaine de km/h en cours de matinée. Et je roule
toujours, en direction de ma douzième heure de vol. Parfois la brume
devient brouillard, et le disque du soleil apparaît orange sanguin.
J'arrive
enfin. Je ne suis pas seul, des voitures sont garées sur le parking de
l'aéroclub. J'entre dans le hangar et j'aperçois ma monture dehors, où
embarquent un instructeur et un élève. Bon, dommage, j'étais arrivé tôt
pour faire la prévol, je n'ai plus qu'à attendre. A tout hasard, je vais vérifier les potentiels du DR400 et
je jette un oeil sur le programme de la journée. J'attaque les tours de
piste rectangulaires aujourd'hui. L'instructeur a pris l'option de
m'apprendre à piloter avant de tourner. Ca repousse le lâcher, mais je
ne suis pas pressé. De cette manière c'est même plutôt agréable
d'apprendre. On s'est un peu baladé dans le coin en faisant des
exercices, les derniers en date étant les décrochages.
L'instructeur
arrive, on papote un instant puis on attaque le briefing tour de piste et
atterrissage. L'avion revient au parking, prévol rapide, on embarque et
c'est parti. Le ciel est clair, la visi à 6 km, vent calme. Briefing
avant alignement : montée à 3500 pieds, deux décrochages, retour dans
le circuit et on enchaîne les tours de piste.
Dont acte.
Arrivé à l'altitude demandée, je me mets en palier, et j'énonce à
l'instructeur les actions à faire pour engager le décrochage :
réchauffe, ralenti, contrôle de symétrie, cabrer pour rester en palier,
alarme, et après le décrochage, accompagner l'avion en remettant les gaz et
redresser en douceur. C'est tout bon. On y va.
Je tire sur le
manche, la bille est au centre, le vario nul. L'avertisseur résonne
dans le casque, les ailes flottent un peu et hop, le manège démarre.
L'avion part en piqué, je pousse le manche, applique la pleine
puissance, et j'entends mon gentil FI faire : "Hep, hep, hep, pas si
fort !". Il tire d'autorité le manche en arrière et nous voila revenu
à plat avec un commentaire : "Mais qu'est ce que tu m'as fait là ? Tu
accompagnes l'avion. Une assiette à 20° ça suffit, et doucement les
gaz...".
J'ai enlevé discrètement mon pouce du bouton de la
radio. Pouce qui était prêt à canarder tous les Me 262 de passage dans
le coin. Pendant un instant - est-ce le lever tôt ou un réflexe mal
venu ? - je me suis vu aux commandes de mon Yak 9U préféré, au dessus
de Smolensk en 1944, chassant les avions à croix de fer ... comme dans IL2
sur lequel j'avais joué plusieurs fois au cours de la semaine écoulée.
Le
second décrochage a été plus académique et doux. La séance s'est
terminée tranquillement avec les circuits à 1000 pieds. Et je suis
rentré chez moi, en me promettant cette fois d'éviter la veille d'un vol de jouer
à IL2.
01 octobre 2005
Clin d'oeil
Quand je vous dis qu'il faut être un peu fou, ou un peu contorsionniste... Un peu rêveur, c'est sûr...
Démonstration d'installation (mal partie) dans un Jodel 112, affectueusement surnommé La Cagette.
30 août 2005
Pistonné
Le week-end dernier j'ai été pistonné.
Je n'aime pas du tout ça, les passe droits et autres faveurs, mais pour
ça je ne pouvais pas refuser. On avait rendez-vous devant la cafet' à
16h45. Je repère les pilotes qui arrivent, je me dirige vers eux et je
me présente. Sourire de bienvenue, et la question qui tue :
- Vous avez combien d'heures de vol maintenant ?
- Euh... huit (petit sourire géné).
-
Ah, ça devient intéressant. Vous commencez à avoir certains
automatismes qui vous permettent de mieux profiter du vol.
- Oui, c'est vrai...
- Et vous volez sur quoi ?
- Sur DR400.
- J'en ai quelques heures à mon actif aussi (grand sourire). Le 2+2 ?
- Oui, c'est ça...
- Bien, nous allons préparer le vol, on se retrouve tout à l'heure ?
- OK, comptez sur moi !
Je
les regarde s'éloigner. Je dois avoir ma tête de petit garçon à ce
moment là car V. a un sourire tout tendre. Et le petit garçon, il vient
de discuter avec deux surhommes, deux pilotes professionnels, qui ont
accepté de le prendre à leur bord en cette soirée d'été. L'adulte lui,
il sait bien qu'ils sont contents aussi de montrer leur jouet à un
passionné, et que ce genre de rencontre fait autant plaisir au pilote
qu'au passager. Mais bon, on ne se refait pas.
Quelques temps
plus tard, au milieu des vapeurs de kérosène, dans le bruit des
turbines, je franchis le seuil du A318, dernier passager à monter à
bord. La chef de cabine me fait signe : "Mettez vous là le temps qu'on
termine l'embarquement, vous irez au poste ensuite". Je me faufile
derrière elle, et assiste aux derniers préparatifs. Le chef avion qui
annonce "85 passagers, embarquement terminé !" et qui se dirige vers le
poste de pilotage. Il ressort, suivi du commandant de bord, qui me
sourit et me fait signe d'entrer dans le saint des saints. Je franchis
la porte CREW ONLY. Le captain déverrouille le siège supplémentaire,
espèce de strapontin articulé et monté sur rail qui coulisse le long de
la cloison et m'invite à m'asseoir : "Mettez vous là, ne verrouillez
pas le siège tout de suite, il y a pas mal de passage ici avant le
départ. Attrapez le casque là-bas, comme ça vous pourrez suivre la
radio. En cas de nécessité, les masques à oxygène sont là, et on sort
par là si on doit évacuer, OK ?".
J'acquiesce, je met le casque,
j'écoute, je regarde. Echanges brefs à la radio, avec le sol, le copi.
On sent une grande habitude, mais aussi une grande rigueur dans tous
leurs gestes. La chef de cabine revient en annonçant "comptage
passagers 85 !". "C'est bon répond le captain, on ferme et on y va !".
Encore quelques échanges avec le sol puis : "OK pour le démarrage du
2". Il se retourne vers moi et me montre la manoeuvre ; sur l'écran de
contrôle je suis le compteur qui indique le taux de puissance du
moteur. Le démarrage est à air comprimé, à 23 % on injecte le
carburant, 160 kg à l'heure, et ça tourne. Il ajoute "au décollage
c'est environ 3 tonnes à l'heure, en croisière 1200 kilos". Rapide
calcul mental : 1200 kilos à l'heure, ça fait 1600 litres environ, pour
100 passagers à 800 km/h, ça fait une consommation de 2 litres au 100
par passagers. Moins qu'une mobylette.
Et un peu plus rapide surtout !
Push-back,
démarrage du second moteur, et roulage. Je retrouve les essais qu'on
fait nous aussi sur DR. Les freins, les instruments, les commandes sont
testés. Pas d'attente au décollage, alignement dans la foulée du
roulage, et décollage sans s'arrêter. Mugissement des moteurs. Passage
des cent noeuds, et le mot magique : "Rotation !" aux environs de 150
noeuds (270 km/h, quand même !). Cette vitesse de folie est atteinte en
à peine plus de 30 secondes. L'appareil se cabre, rentrée du train,
quelques contrôles, un peu de radio, pilote automatique. Le captain se
détache et se tourne vers moi : "C'est bon, c'est fini pour l'instant.
On reprendra le manche en descente. C'est ça qui est un peu frustrant
dans notre métier, c'est que finalement, on ne pilote plus vraiment. On
surveille la machine, et on intervient si nécessaire". Le copilote
reste face aux instruments et dis parfois quelques mots à la radio. De
temps en temps il tend le bras, pousse un bouton, contrôle une vue sur
les écrans LCD. "Heureusement, il reste la beauté du métier. C'est
vraiment le plus beau bureau du monde". Je regarde à l'extérieur. Nous
sommes aux environs de 9 000 mètres d'altitude, il y a une légère brume
qui masque le sol. Des bancs de nuage, comme des couvertures de coton
hydrophile sont éparpillés ça et là. C'est beau, qu'est ce que c'est
beau !
La croisière est courte, nous n'allons pas loin. Pendant
ces quelques minutes, le commandant de bord me montre quelques
instruments, quelques organes de sécurité, les circuits triplées. Tout
est fait pour que la sécurité soit maximale. Très pédagogue, il
m'explique les systèmes, les modes de fonctionnement. Je n'ai pas assez
d'yeux ni d'oreilles. Puis vient le moment de la descente, et de
l'atterrissage. Superbe plan de descente, freinage hyper puissant,
taxiway, parking. Pendant l'escale, je reste à bord. Encore un
privilège. Ménage, carburant etc... Embarquement des passagers pour le
retour, je retourne sur mon strapontin, et de nouveau assiste aux
préparatifs, au roulage, au décollage.
Dans l'axe de la piste,
une couche nuageuse. Nous avons décollé quelques minutes auparavant et
franchissons 9000 pieds. "Ca va être magnifique ça... On va commencer
le virage juste en entrant dans les nuages..." L'avion commence à
pencher vers la gauche, nous entrons dans la ouate nuageuse alors que
l'appareil continue à s'incliner. Pendant quelques secondes nous ne
voyons rien. Je regarde l'horizon artificiel qui pivote doucement sur
la gauche, et nous émergeons de la couche. Par le pare brise, tous les
trois, nous regardons le spectacle magnifique qui s'offre à nous.
Le voyage de retour se déroule comme l'aller. Le soleil se couche derrière nous, notre arrivée se fera au crépuscule. Une fois au sol, le captain me dit : "Si je dois vous donner un conseil, ce sera celui là : prenez du plaisir à piloter, mais n'hésitez jamais à faire demi-tour, ou à renoncer à partir, que ce soit à cause de la météo, de l'état de l'avion, ou même si vous êtes simplement fatigué. Un bon pilote est un pilote vivant". Nous nous serrons la main, et il s'éloigne dans son uniforme bleu nuit, avec ses quatre galons dorés, sa casquette et sa valise.
28 août 2005
La troisième dimension
Il y a bien longtemps, un vieux
bonhomme avec de petites lunettes cerclées de fer et un appareil
auditif s’évertuait à essayer de nous faire intégrer la troisième
dimension. Sur son tableau, craie à la main, il tentait de représenter
un point dans l’espace, point doté de trois coordonnées x, y et z. Déjà
que représenter une courbe grâce à une équation à deux inconnues
relevait de l’exploit, alors représenter l’espace sur un tableau noir...
Devant
nos regards stériles, il s’énervait de vouloir nous faire approcher
cette merveille, ce Nirvana mathématique : la projection dans un espace
de dimension supérieure. Pauvre petit bonhomme, à combien de centaines
de gosses as-tu présenté avec la même exaltation cet espace que toi
seul semblait voir ?
Aujourd’hui, je me trouve souvent dans la
même problématique que mon pauvre professeur de mathématiques. Souvent,
on me demande « mais qu’est ce que tu recherches en volant ? ». Parfois
la question est assortie d’un commentaire : « déjà que j’ai peur dans
un avion de ligne... ». Vous aurez remarqué la perversité de cette
dernière remarque, sous entendant que dans un vrai avion, avec des
vrais pilotes, il y a de quoi avoir les jetons, alors dans un truc en
bois et en toile avec un pilotaillon du dimanche aux commandes... (oui,
beaucoup d’avions d’aéroclubs sont toujours en bois et toile,
remarquables matériaux composites !).
Comme ce bon vieux prof,
me voila aujourd’hui en train de tenter d’écrire ce que je ressens aux
commandes du petit avion que me prête bien gentiment mon aéroclub
contre espèces sonnantes et trébuchantes. Comme ce brave homme, me
voila obligé de déployer des trésors d’imagination pour vous faire
entendre que non, je ne suis pas complètement frapadingue, et que si je
claque une partie non négligeable de ma paie pour m’asseoir dans un
truc en bois exigu, propulsé par un moulin à légumes géant dans un
tintamarre de fin du monde, c’est qu’il doit y avoir une contrepartie...
Elle
tient en une seconde, en un mot magique : « rotation ! », qu’annonce
l’instructeur à mes cotés. Je ramène le manche en arrière, petit
flottement et hop ! C’est là que ça se produit. Là, cet instant
magique, cet instant où on quitte un monde pour un autre, cet instant
où l’on change de lois, de référentiel. Alice qui traverse son miroir,
le bipède qui se met à voler...
A partir de là, rien n’est plus
pareil. Notre tapis volant en cellulose est posé sur une masse instable
et capricieuse : l’air. Gaz très présent un peu partout autour de nous,
mais dont une caractéristique essentielle est qu’il est transparent et
donc se meut de manière invisible, de sa propre initiative,
imprévisible et chaotique. Sur terre on appelle ça le vent. En l’air,
c’est autre chose : c’est lui qui nous porte, c’est lui qui nous
accueille après le mot magique. C’est avec lui qu’il faut jouer, c’est
lui qu’il faut courtiser, évaluer, parfois contrer.
Là, à
quelques mètres au dessus du rectangle de bitume que l’on vient de
quitter, après avoir vérifié que le tapis volant est en forme, on
pénètre vraiment dans la troisième dimension. Cette fameuse troisième
dimension que mon pauvre prof a tant espéré nous faire visiter à grand
coup d’équations. Car, au regret de vous décevoir, ici bas, sur terre,
nous ne connaissons réellement que deux dimensions. Tenez par exemple.
Près de chez moi, à ma campagne, il y a le château de la belle au bois
dormant. Si ce n’est pas lui, c’en est une réplique. Une partie
fortifiée, remaniée au XIVème, puis augmentée et modifiée de siècle en
siècle. Bref, une merveille. Interdite à la visite. Les douves :
infranchissables. Derrière ? De hauts murs. Des gardiens, des alarmes.
Des personnes très bien renseignées nous ont certifié qu’une grande
partie était en ruine, les jardins à l’abandon. Quel gâchis. Allez donc
savoir...
Moi je sais, je suis passé au dessus... Mais je ne vous dirai rien, j’aime trop les légendes....
Or
donc, nous autres, êtres tridimensionnels dans un monde
tridimensionnel, sommes incapables de visiter notre monde au delà des
deux mètres qui s’étendent de nos pieds à notre tête pour les plus
grands d’entre nous ? Alors qu’au dessus de nos têtes s’accumulent des
kilomètres de bon air pur et joueur ?
Bien entendu, vous pouvez
grimper sur un tabouret, appeler votre architecte préféré qui vous
construira une tour de 273 étages du haut de laquelle vous verrez
Montmartre ou autre chose.
Mais pas les jardins de la belle au bois dormant.
Ou alors, vous ne verrez plus Montmartre.
Il faut choisir.
Et
c’est donc bien dans un autre monde que nous propulse le mot magique.
Rotation, comme abracadabra, change tout. Au sol, ce sont les pieds qui
dirigent l’avion. Abracadabra ! Ce sont les mains qui font maintenant
l’essentiel du boulot. Passage magique du roulant au volant, et son
opposé après l’atterrissage. Au sol l’avion est imposant. Abracadabra !
Il n’est plus qu’un confetti qui va chatouiller les nuages, plume
perdue dans l’immensité du ciel.
Là haut un champ devient timbre poste, une autoroute ruban de couture, un fleuve calligraphie.
Si
vous m’avez lu jusqu’ici, je peux me permettre de vous demander quelque
chose. Levez donc les yeux quelques instants de ce texte, et regardez
autour de vous. A quelle distance se trouve votre horizon ? A moins que
vous ne soyez dans le cockpit d’un avion ou éventuellement au sommet
d’une montagne ou encore au milieu de l’océan, essayez d’imaginer
l’immensité qui vous entourerait sans tous ces obstacles à votre vue.
Imaginez
que vous puissiez vous déplacer en ligne droite, sans rien pour vous
masquer la vue, sans barrières, sans limites à votre déplacement. En
totale liberté.
Samedi matin la météo était
belle. De grands espaces bleus trouaient la ouate des cumulus. Nous
sommes partis pour un vol tranquille. Un peu de maniabilité au
programme, température sympa, petit vent léger. Tenue d’axe impeccable,
rotation, on embarque un peu à gauche, je sens ma nuque se hérisser de
plaisir, je redresse, on monte. Virage à 90 degrés, on sort du circuit.
J’ai de la chance aujourd’hui. C’est la première fois que la météo est
aussi sympa avec moi. Entre les plafonds bas ou les températures de
folie des semaines passées, c’est extrêmement agréable. L’avion monte
doucettement, vers la base des nuages, et nous révisons les mises en
virages. « Tiens, on va faire un 90° par la droite et stabiliser à
4.500 pieds » me dit mon instructeur. Nous sommes à 3.500 pieds, avec
les nuages comme plafond cotonneux, presque à portée de main. Je vire,
et devant moi s’ouvre une tranchée de ciel bleu.
Mon tapis
volant grimpe doucement vers cet îlot de bleu au milieu de la mer
blanche. La tranchée a la forme d’un triangle aigu et je l’aborde par
le sommet. Bientôt, autour de moi, des falaises blanches et
floconneuses délimitent mon terrain de jeu. Au dessus, le bleu du ciel,
au dessous, le damier des prés, autour, les volutes laiteux des
cumulus. Ce petit trou de bleu fait plusieurs kilomètres de long. Les
falaises des centaines de mètres de haut. L’avion est minuscule, je
suis un grain de poussière dans ce ciel, un grain de poussière sur
cette planète.
Après avoir évolué dans ce paysage magique, nous
redescendons sur terre. Les roues touchent le sol, et du manche je
tente de conserver l’avion sur l’axe de la piste. « Les pieds,
les pieds ! Au sol ce sont les pieds qui dirigent... »
22 juillet 2005
Démangeaisons - 3
Et bien sûr, un jour est arrivé où
après avoir rempli des fiches, des papiers, fait des chèques, acheté
des fournitures et - quand même - fait un peu de théorie, je me suis
retrouvé assis à la place avant-gauche d'un avion, avec pour mission de
faire tout comme si je savais piloter.
Ca s'appelle le premier vol.
Gasp !
C'était curieux comme sensation. J'étais à la fois fier, et pas fier du tout !
Fier
d'avoir mon joli casque sur la tête, les pieds sur les palonniers, les
check-lists en main, les instruments devant moi, l'instructeur à coté
(oui, quand même, je ne pouvais pas lui refuser ce plaisir, il est
sympa), et ma femme à l'arrière, munie de l'appareil photo pour
immortaliser l'instant.
Pas fier du tout, parce que j'avais le
cerveau vide, j'avais tout oublié, je ne me souvenais plus de la
différence entre la réchauffe carbu et la richesse, les ailerons et les
volets, le tangage et le roulis, les noeuds, les pieds et les
nautiques, le Nord, le Sud. Rien, rien de rien. Black out total, bouche
ouverte, stupide, à bafouiller des euhhhhh.
Après la prévol et
les checklists, j'ai démarré le moteur et j'ai tenté de rouler droit.
C'était un DR400, vous savez, avec la roulette conjuguée grâce à des
ressorts. Vous poussez, il ne se passe rien. Puis d'un seul coup, ça
part. Alors on pousse de l'autre coté, puis de l'autre coté, puis de
l'autre coté... J'en vois qui rigolent...
Après quelques
errances d'un bord à l'autre du taxiway, ma femme morte de rire à
l'arrière, et moi vert de honte en imaginant les gentils contrôleurs
pliés en quatre en regardant ce DR400 aussi gracieux au sol qu'un
pochetron bien imbibé, on est arrivé sur la zone des essais moteur.
Bien, je passe l'épisode "maintenant que le truc roule à peu près droit
va falloir l'arrêter" (non, non, le frein droit et gauche en même
temps, sinon on se met en travers).
Essai moteur OK, et l'instructeur demande l'alignement...
C'est
là qu'on réalise. C'est là qu'on se dit qu'il va falloir réveiller un
peu les neurones parce qu'il va se passer quelque chose dans pas
longtemps.
Je reprends donc mes évolutions zigzagantes pour aller me positionner au centre de la piste. Enfin, quand je dis au centre...
Mon gentil FI me réexplique ce que je dois faire :
-
je m'occupe des palonniers et des gaz, toi tu te contentes de tirer sur
le manche quand je te le dis et de garder une assiette de 5° environ,
c'est d'accord ?
- euhhhhhh ... oui !
Je ne vous explique pas
comment j'étais accroché au manche quand il a poussé les gaz. Puis je
l'ai entendu réciter la litanie de la check avant décollage, puis
"rotation !". Alors j'ai tiré. Doucement d'abord, puis franchement. Un
petit flottement et hop ! Le machin est en l'air.
Et c'est moi qui suis aux commandes.
Une
fois en l'air, il m'a fallu un certain temps quand même pour me
décontracter. Ce premier vol restera un grand moment dans mes
souvenirs. J'ai été longtemps cramponné au manche les yeux rivés sur
l'horizon et le repère pare-brise, mais peu à peu la sensation de
liberté est arrivée, et le plaisir avec. On est passé au dessus de la
maison, j'ai rien vu parce que jétais trop occupé à essayer de garder
ce p... de repère à peu près fixe. Ce qui est sûr c'est que je n'ai pas
vu passer l'heure, et une fois de retour au parking j'étais comme
sonné, ailleurs, comme quand on se réveille au milieu d'un rêve.
On
a rentré la machine, un petit coup de chiffon sur les ailes et la
verrière pour décoller les moustiques, rempli le carnet de route de
l'avion, la feuille de facturation, et... le carnet de vol.
Ma première ligne inscrite dans mon carnet de vol.
C'était une bien belle journée que ce 8 juin 2005.
21 juillet 2005
Démangeaisons - 2
Et puis quelques jours plus tard, je l'ai poussée la porte, comme promis.
J'ai un peu hésité devant, quand même. Et puis, après une grande
respiration, allez, j'ouvre la petite porte en métal avec au dessus,
écrit à la peinture "Aéroclub".
Je pensais arriver dans une
espèce de salle, avec un bureau et un mec assis derrière qui me
regarderait du haut de sa chaise. La porte est lourde, et encadre une
derive blanche. La porte donne directement sur le hangar, pas de sas,
pas de bureau, juste un avion blanc, si près que je pourrais le
toucher, et un type qui passe un chiffon sur les ailes. Il me sourit,
m'invite à entrer et me demande la raison de ma visite.
Je bafouille, presque en m'excusant, que j'aimerais apprendre à piloter.
- Ah dommage, à un quart d'heure près, vous auriez pu partir avec l'instructeur.
- Partir ?
- Oui, faire un vol avec lui, pour que vous vous rendiez compte de ce que c'est...
Comment
ça me rendre compte ? Est-ce si terrible ? Peut-être que c'est
difficile, compliqué, impressionnant, fou ? Peut-être que vraiment je
ne suis pas fait pour ça...
Le gentil gars pose son chiffon et
appelle un de ses copains pour lui demander de me présenter le club. Et
pendant la demi-heure suivante, je navigue au milieu des avions, on me
présente des membres, on me parle formalité, une masse d'info
impressionnante. Puis d'un coup : "Tiens, voilà S. qui rentre. C'est le
chef pilote, c'est lui qui pourra vous donner des détail sur
l'instruction".
Et me voila propulsé sur le parking avion vers lequel roule le chef pilote et son élève.
Présentations, quelques questions pour vérifier ma motivation, puis le coup de grâce :
- Bien, j'ai un vol prévu avec un élève. Si tu veux, tu viens avec nous.
Je
bafouille un "euh, oui, volontiers". Ils vont me chercher un casque, me
présente l'élève, et avec un sourire malicieux, S. ajoute :
-
Aujourd'hui, on fait des exercices de panne. Comme vol d'initiation,
c'est un peu mouvementé, mais au moins comme ça tu verras de toi-même
si tu as vraiment envie de te lancer.
Exercice de panne. Boule dans la gorge. Heu, ils font quoi au juste ? Question inocente de l'élève :
- Il y a des sacs à bord ?
Des sacs, des sacs pourquoi faire ?
- Ben ça turbule un peu, et puis les pannes c'est un peu secouant, alors on prévoit au cas où il y aurait des malades...
J'escalade
l'aile "sur la partie noire", me glisse comme je peux à l'arrière de
DR400, boucle la ceinture, branche les fils du casque. Les deux autres
s'installent, puis tout va très vite. Verrière fermée. Les check-lists,
on roule, on laisse passer un avion qui rentre, on s'aligne, message
radio, quelques contrôles et hop, c'est parti !
L'avion danse
sur la piste en béton et d'un seul coup s'arrache du sol. Rafale de
vent, on tangue, on roule, on saute et le sol s'éloigne. J'ai les yeux
écraquillés, la piste s'éloigne, je regarde la campagne alentour,
j'écoute les pilotes discuter des exercices. Par moment S. se retourne
histoire de contrôler ma couleur et me demande si ça va.
On grimpe à trois mille pieds, et de nouveau S. me regarde :
- Bien, on va simuler des pannes. Il n'y a aucun risque, donc pas d'inquiétude, OK ?
- OK chef !
Coupure
des gaz, recherche de panne, message radio, contrôle cabine, recherche
d'un champ, virage sec et descente rapide, encadrement du champ,
aproche finale, volets.
- OK c'est bon, remise de gaz ! Ca va ? Tu n'as pas eu peur ?
Et
voila, pendant une heure on monte, on descend, on tourne. Et moi, moi
je me dis, c'est là que je dois être. Là, ici, nulle part ailleurs...
.../...
On est posé, le moteur vient d'être coupé. Je sors de l'avion un peu sonné, je suis encore là-haut. S. me regarde :
- Alors, toujours décidé ?
Mon sourire tiendra lieu de réponse.
-
Ok, allez, je te prends, j'ai un élève qui termine bientôt, ça ira. Et
puis, vu ce qu'on vient de te faire subir, si tu as toujours envie,
c'est vraiment que tu en veux.
Je me suis dirigé vers le bureau
avec lui. Il m'a donné une liste de choses à faire. Visite médicale,
bouquins, rendez-vous etc... Quand je suis reparti, j'avais le sourire.
Sourire qui a duré au moins deux heures. Ca y est, je vais voler.
20 juillet 2005
Démangeaisons - 1
C'était fin avril. J'écrivais ça...
Ca
y est, ça gargouille. Ca gargouille quand j'y pense. Dire que je ne
pense plus qu'à ça, c'est un peu excessif. Disons que je pense surtout
à ça. A samedi prochain, quand au fin fond de ma campagne je pousserai
la porte de l'aéroclub.
Ils vont me regarder comment, les gens,
là bas ? Des gens, enfin, des pilotes, ou pire même, des instructeurs.
Des gens qui tous les jours regardent les autres de haut, enfin, de
là-haut. Et s'ils me refusaient ? Et s'ils me disaient : " Non, non
m'sieur, vous êtes trop vieux ". Ou trop con, ou pas assez doué, ou : "
vous n'y arriverez jamais... ". Et si, et si...
Tout compte
fait, je pourrais bien m'en passer de piloter non ? Quarante berges sur
le plancher des vaches, pas besoin de m'y mettre aujourd'hui, à quoi ça
va me servir ? En plus, si demain je pilote, je casse un rêve ! Un peu
comme si après avoir admiré Carl Lewis pendant des années je chaussais
un jour par hasard des chaussures de course et après deux tours de
stade d'échauffement je faisais aussi bien que lui. Un mythe qui tombe.
Le mythe des pilotes, de ceux qui défient la loi de la gravité en
équilibre sur deux ailes, environnés de cadrans et de boutons. Un monde
onirique, avec d'autres lois, d'autres codes, d'autres valeurs.
Tout
ça parce qu'un jour, dans la deuche de maman j'ai été assourdi par un
bruit de tonnerre au point que j'ai failli me pisser dessus.
- Beuhhhh, c'était quoi m'man le bruit ?
-
Mais c'est rien gros bêta, c'est un avion qui vient de nous passer au
dessus, c'est les militaires qui font les idiots avec nos sous des
impôts !
Effectivement, une fois ressorti de dessous le siège,
j'ai vu sur la gauche une espèce de chalumeau qui atterrissait et un
parachute qui s'ouvrait derrière lui.
- Il a sauté en parachute le môssieur ?
- Mais non, c'est pour s'arrêter parce qu'il va vite !
Pfff ! Z'ont même pas de frein sur leurs avions les militaires...
Depuis
j'ai un peu grandi. Bercé par la musique des chevaliers du ciel, j'ai
compris que le double bang des après-midi d'été provenait des
Mirages-Chalumeaux et que si je me dépêchais, je pouvais assister à
leur atterrissage. Et comme au cours d'une alerte, je traversais
la cour à fond de train, attrapais mon casque au vol et pédalais comme
un fou pour lancer le moteur de ma 103 Peugeot pour foncer à 15 km de
là, au bord de la route perpendiculaire à la piste. De là, pile dans
l'axe, je surveillais l'approche de ces drôles d'insectes géants, je
sentais l'odeur du kérosène brûlé, la chaleur générée par ces moteurs
de folie et les volutes de gomme brûlée lors du touché.
Un
copain de collège était comme moi passionné, et un jour, dépité, il m'a
annoncé que pour devenir pilote il fallait faire une grande école, être
super bon en sport, avoir 22/10 à chaque oeil, et surtout, être
militaire. Devant la tâche immense, j'ai baissé les bras. Tant pis,
c'est pas pour moi, je me contenterai de les regarder voler.
Et je suis devenu informaticien. Il n'y a pas de sot métier.
Et
me voila quelques années plus tard. Ma femme m'a acheté " Le manuel du
pilote d'avion ". J'ai contacté un aéroclub, et samedi je pousserai la
porte pour voir ces drôles de gens. Les voir et vérifier que oui, moi
aussi, je peux faire partie de leur club.
Et j'ai la trouille. Un ami m'a dit :
-
Tu sais, si c'est vraiment ton rêve, peut-être qu'il t'a porté jusqu'à
aujourd'hui. Peut-être que c'était important pour toi que ce soit un
rêve, un but secret, presque un fantasme. Un peu comme un enfant qui
dit 'quand je serai grand, je serai pompier'. Ca aide à grandir, ça met
de la lumière dans l'avenir, ça guide les pas, ça donne envie de
continuer. Et aujourd'hui, probablement que tu n'as plus besoin de lui
pour avancer, et que tu peux le réaliser sans craintes.
Quand je serai grand, je serai pilote.
Quand je serai grand, je serai pilote..
Quand je serai grand, je serai pilote...
Quand je serai grand, je serai pilote....
Quand je serai grand, je serai pilote.....
Je vais être pilote.





