29 mars 2006

Lâchable

Après quatre atterrissages et deux appontages particulièrement réussis, alors que nous remontons le taxiway en direction du parking, j’écoute le traditionnel débriefing à chaud d’après vol que m’assène mon instructeur. Pas mal de critiques, mais aussi quelques douces paroles qui flattent mon ego d’apprenti pilote. Globalement c’était une bonne séance dans laquelle on a enchaîné des PTL, PTE, PTU, des exercices de panne, des remises de gaz et des circuits main droite, main gauche, rectangulaires ou basse hauteur.

Une bonne séance bien fatigante, avec un vent de travers gentil et sympathique mais venant du Nord-est alors qu’habituellement il est d’Ouest accompagné de son traditionnel : manche dans le vent, pied contraire à l’atterrissage qui est encore loin d’être un réflexe acquis.

Un petit débriefing à chaud, qui se continue doucettement au parking, comme une petite musique d’ambiance qui pointe mes imperfections, corrections à apporter et progrès accomplis. « Victor India, au parking Charlie, nous quittons la fréquence », et presque dans la foulée, l’instructeur qui enchaîne : « c’est pas mal, je pense que tu es lâchable maintenant, on va juste attendre du beau temps, sans trop de vent, mais c’est pour bientôt… ».

Alors je regarde en arrière. Il y a un an, je n’avais jamais piloté d’avion. L’idée même de m’atteler à une formation ne m’avait même pas effleurée. Ce vieux rêve, je l’avais tellement refoulé qu’il ne risquait pas de remonter à la surface tout seul. Il a fallu mon anniversaire - un passage de dizaine - et un cadeau : le manuel du pilote d’avion, offert par ma femme à qui j’avais parlé de cette fascination qu’avaient exercée sur moi toutes ces machines volantes.

Il a fallu aussi un instructeur, sympathique, calme, excellent, qui m’a fait découvrir le pilotage, le plaisir de voler, la beauté des nuages, des paysages. Avec lui, j’ai apprivoisé Victor India, ses imperfections, ses caprices parfois, et de son coté il m’a pardonné beaucoup de mes erreurs et approximations. Et c’est seulement après avoir fait suffisamment connaissance, après avoir pris confiance et exploré le domaine de vol de ma chère machine que nous avons entamé les  séances de tour de piste.

Un collègue PPLisé a été lâché au bout de huit heures de tour de piste, et il ne manque pas de me charrier sur mes presque vingt heures de double commande. Je souris. Ces vingt heures ont probablement été parmi mes plus belles expériences, et je ne suis pas sûr que découvrir le pilotage et réaliser un si vieux rêve seulement en tournant autour d’une piste soit la meilleure méthode. Mais peu importe.

L’essentiel n’est-il pas que j’ai vécu vingt heures de bonheur jusqu’à ce « tu es lâchable » ?

Posté par Lima Delta à 15:10 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Lâchable

    que 20 heures?

    Bonjour, 20 heures? et moi qui commençais à me sentir incompétent avec mes 16 vols sans avoir été laché, c'est vrai que commencer cette formation à presque 50 balais, n'est pas vraiment ce qui a de plus facile.
    Le pire c'est qu'a chaque fois que je me sens prêt, une erreur de radio, un manque de remise de gaz pour reprendre de l'altitude me fout dedans,
    A ma décharge, les conditions hivernales à Grenoble , ne sont pas forcement les plus calmes.Merci de ce blog, je me décourageais un peu ce matin...

    Posté par stef38, 07 mars 2009 à 07:39 | | Répondre
  • J'avoue avoir été lâchée après bien plus de ! heures de double commande et ça ne m'a pas empêché d'en faire ma profession... Alors l'essentiel est effectivement de savoir savourer ce premier vol dès que le beau temps sera là!

    Posté par La Fille del'air, 05 mai 2006 à 22:02 | | Répondre
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